Chronique d’un nageur

Je m’appelle Benjamin, j’ai 33 ans. Dans cet article je vais vous raconter ma relation avec la natation.

De 6 à 14 ans, la découverte

Malgré un papa nageur dans sa jeunesse, je n’ai pas commencé la natation pour faire comme lui. Ce qui m’a rapproché des bassins est un incident à l’âge de 5 ans dans une piscine. Le lendemain même, mon inscription était prise au club de natation pour rentrer dans la grande famille de la fédération française de natation.

Jusqu’à l’âge de 10 ans, chaque mercredi était ponctué d’un entraînement de natation. Puis chaque année, un entraînement supplémentaire est venu s’inscrire à mon planning hebdomadaire pour finir à un entraînement par jour à l’âge de 14 ans.

Étant de nature un peu forte, ce sport m’a permis de m’affiner et de me muscler. Petit à petit, j’ai pris goût à l’effort, j’ai appris à me surpasser, à dépasser mes limites. Les distances d’entraînement ont progressivement augmenté chaque semaine, les stages ont été de plus en plus fréquents et les week-ends ont commencé à être de plus en plus chargé en compétitions.

Pour les plus néophytes, vous me direz pourquoi la natation !

« C’est un sport où l’on compte les carreaux au fond de la piscine, où il n’y a pas de groupe, où l’on enchaîne des longueurs dans un rectangle de 50 m de long… » Pas du tout !

Je vais à l’entraînement avant tout pour retrouver des amis, nous partageons ensemble les mêmes difficultés, le même plaisir de se surpasser. Il faut savoir que les compétitions de natation (à la différence d’autres sports) se déroulent souvent sur un week-end entier voir plus. C’est-à-dire que l’on passe beaucoup de temps ensembles. On s’amuse, on discute, on fait des bêtises (pas mal même, chut voilà le coach 😉 ). Au fur et à mesure, ils deviennent des amis. C’est un autre groupe de copains, différent de celui de l’école, car là, on partage une passion. Les anciens donnent des conseils, amusent la galerie (planquer le minibus pendant qu’on mange, coach n’a pas aimé !!). Les jeunes se surpassent pour taquiner les anciens. L’esprit d’équipe est toujours présent, il était impensable qu’un nageur fasse une course sans que les autres ne soient au bord du bassin pour l’encourager. Pour rien au monde, j’aurais raté une compétition. Même si j’aime ma famille, c’était vraiment sympa de pouvoir partir avec les copains tout un week-end.

Et puis le coach !  Outre ses qualités d’entraîneur, il faut qu’il soit pédagogique. Lors des compétitions, il y a des joies et des déceptions. J’ai vu des nageurs tristes, des nageurs pleurer … mais le coach a toujours été là pour trouver des mots réconfortants. Pour autant, le coach n’est pas un petit agneau tout doux et heureusement d’ailleurs. Même s’il est capable de trouver les mots pour nous motiver, il a aussi la capacité de nous faire comprendre nos erreurs, de nous secouer quand les exercices sont mal faits et lorsque l’on n’écoute pas. Il est là, autour du bassin à prendre des chronos, à compter les mouvements de bras, à regarder la qualité des départs, des virages et à analyser chacune nos courses. C’est une super nounou que j’ai toujours respectée.

De 14 à 18 ans, l’entrainement intensif

Sûrement mes années les plus dures en natation, les entraînements s’enchaînent tous les jours et les compétitions s’enchaînent presque tous les week-ends suivant les périodes de l’année. On peut se rendre compte des améliorations de nos performances. Chaque record est une victoire, je prendrai l’exemple de la course maîtresse : le 100 m crawl. On descend rapidement et facilement sous la barre fatidique de la minute. Mais après, cela devient plus compliqué, 59″86, 59″55, 59″32, 58″91 …. Cela ne vous paraît rien ! Et bien demandez à n’importe quel nageur que même 0.1″ de gagner est une victoire en soi. Je n’ai jamais visé la lune telle que nos grands nageurs français savent le faire, mais j’ai toujours été heureux de battre mes records au fur et à mesure des compétitions.

La natation m’a apporté un esprit de combativité, le développement de mon physique et le développement de ma personnalité. Il m’a appris comment me battre dans la vie, aller au bout des choses, ne pas baisser les bras. Un bassin de natation fait 25 ou 50 m. Il ne me viendrait jamais à l’idée de faire 24 ou 49 m. On va au bout des choses.

Durant ces années, quand je rentrais de compétition, je voyais mes copains de quartier qui me racontait ce qu’ils avaient fait de leur week-end. Et bien je peux vous dire que le constat était clair, je me trouvais bien mieux en compétition aux 4 coins de la France qu’à errer dans mon village.

De 18 à 24 ans, le désert sportif

18 ans, l’heure du départ du cocon familial. Pour continuer mes études il a fallu que je parte. Tout a été bousculé et la natation aussi. Le permis de conduire, l’appartement, de nouveaux amis, les fêtes, les sorties, un esprit de liberté ont eu le dessus sur la natation. Ce fut pendant 6, 7 ans la traversée du désert sportif. Les plus gros efforts étaient de porter de pichets de bière. Mon autre passion et métier, l’informatique m’amena à des nuits blanches de codage avec mes amis. La natation n’avait plus sa place dans ma vie. Triste destin pour un sport que j’ai tant chéri.

24 ans, la renaissance

Fin des études, marché du travail, en couple, appartement en commun. Les sorties entre copains se font plus rares, les beuveries de jeunesse disparaissent petit à petit. Un matin, je monte sur la balance et je me rends compte que j’ai pris plus de 20 kg, que les trois étages pour monter chez moi me laissent essoufflé. Mon entourage d’amis s’est effrité au fur et à mesure des années pour cause professionnelle ou personnelle. Le constat est rude, mais réel. Ma réflexion a été rapide, mais l’envie difficile à remettre en place. Un samedi matin, je me suis rendu seul à la piscine dans le public. Je me suis rendu compte dans les 50 premiers mètres que la technique était encore là, mais arrivé au bout de 100 m j’étais très essoufflé. C’était dur à admettre, j’avais la capacité de faire chaque jour des entraînements de 6 km et dorénavant, seulement quelques centaines de mètres ! Bref pendant 6 mois, j’ai été tout seul, une fois par semaine, m’entraîner. Même si les progrès étaient faibles, décision prise, je reprends une licence dans un club. Je me rappellerai toute ma vie du premier entraînement. J’étais dans la ligne la plus lente, en queue de peloton avec des difficultés pour suivre. Il m’aura fallu plus de cinq jours pour que les premières courbatures disparaissent. Les semaines d’entraînements se sont enchaînées, je me suis fait de nouveaux amis, j’étais de moins en moins essoufflé, j’ai noté une perte de poids et un retour musculaire.

À 25 ans et un jour, j’ai refait ma première compétition qui m’a permis de me qualifier pour les championnats de France Master. Les semaines et les mois se sont enchaînés jusqu’à ces fameux « France ». J’ai découvert les compétitions Master, on se gère soi-même, on s’autorise le droit d’aller au restaurant et boire une petite bière après la journée compétition. J’ai pu retrouver d’anciens nageurs, des amis de mon club d’origine. Ça a été un super week-end.

33 ans

Cela fait 9 années que j’ai repris la natation, je suis bien dans ma peau. Même si ce n’est pas le seul sport que je pratique, j’aime la natation et j’espère pourvoir la pratiquer encore longtemps.

Mot de la fin

La natation est un sport que l’on peut pratiquer toute l’année. Mais je remarque, dans les groupes de natation adultes et Master que pendant la période hivernale, les lignes se vident. Il est vrai qu’il est agréable d’aller s’entraîner après le boulot en été, mais ressortir de chez soi le soir quand les températures avoisinent zéro et qu’il fait nuit, cela devient psychologiquement plus compliqué.

Je m’amuse souvent à dire que je peux passer la pire des journées au travail mais qu’ après mon entraînement de natation, je suis zen.

Benj.R

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